JEAN DUBUFFET (1901-1985)

Lot 13
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JEAN DUBUFFET (1901-1985)


*PSYCHO-SITES: SITE AVEC 8 PERSONNAGES E 173, 13
JUIN 1981
Acrylique sur papier marouflé sur toile Monogrammée et datée en bas à droite 67,4 x 50 cm - 26.57 x 19.68 in.
Acrylic on paper laid on canvas, monogrammed and dated lower right
Provenance:
- Galerie Beyeler, Bâle (n°11117)
- Collection particulière, Genève
Bibliographie:
- Catalogue des travaux de Jean Dubuffet, Psychosites, Fascicule XXXIV, Max Loreau, Editions de Minuit, Paris. Oeuvre reproduite sous le numéro 173 en page 52 de l'ouvrage
JEAN DUBUFFET (1901-1985)
PSYCHO-SITES: SITE AVEC 8 PERSONNAGES E 173, 13 JUIN 1981
Jean Dubuffet: L'ingénuité de l'enfant, l'instinct du sauvage, l'impulsivité du fou: autant de qualités indispensables à l'art «pur» que Dubuffet vise à retrouver. Vise, et non détient: tout l'enjeu est là. Car Dubuffet n'est pas artiste brut, créateur indemne de tout savoir, mais un artiste cultivé et cérébral, avec tout ce que cela peut comporter de péjoratif à ses yeux. D'où un art en constante évasion, mais consciente, définie, maîtrisée. Pas de «contre» ni d'«anti» culture chez lui: ce serait déjà trop culturel (dada), voire intellectuel (surréalisme).
C'est à l'extérieur que ça se passe: dans le «para» ou l'«a» culturel, dans un monde sans limites, donc, mais qui ne cessera dans l'esprit de cet homme de se penser comme loin de quelque chose. Dubuffet, l'homme qui aurait voulu être fou ? Nul doute que non. Trop attaché au plaisir de l'explorateur, qui sait précisément à quel moment et à quel endroit il quitte la carte et s'empresse, gagné par la frayeur et l'excitation, de le rapporter dans son journal. L'artiste a d'ailleurs beaucoup écrit. Lui qui disait ne pas aimer les livres ni le langage écrit, ce «mauvais instrument» qui «ne livre de la pensée qu'un cadavre», a soigneusement consigné les résultats de ses expériences, ses analyses de son travail, ses pensées sur l'art, et in extremis sa biographie.
Ici résident le paradoxe et l'art de Dubuffet: vouloir créer un monde, un système et un langage, avec les morceaux les plus concrets et les outils les plus usités de ceux qu'il aimerait fuir. Comme si, pour être sûr de s'en éloigner, il ne lui fallait jamais lâcher la corde, mais la tresser sans arrêt avec le chanvre du monde. C'est cette corde que nous tenons à l'autre bout face à ses oeuvres, qui fait que nous savons immédiatement, instinctivement, que nous n'avons pas affaire à un dessin d'enfant, à un objet trouvé ou à une peinture d'halluciné, mais à l'image inédite renvoyée par cet étrange satellite. On sait d'ailleurs l'attachement de l'artiste pour la vue en surplomb, qui fait voir ce que nous foulons sans y prendre garde et évacue toute perspective trompeuse: «Applique ta pensée, je te prie, à l'inanité de la dimension.
C'est fol préjugé, grossier leurre, qui te fait t'émerveiller de ta montagne enneigée, de tes îles empanachées.
Brouille l'échelle ! Regarde à tes pieds ! Une crevasse du sol, un gravier qui étincelle, une touffe d'herbe, quelques débris écrasés t'offrent d'aussi bons sujets d'applaudir et d'admirer.» Etaler le monde sur la toile, l'y faire surgir ou s'incruster, tel fut son fil directeur jusqu'au milieu des années 50, avec le même déni de la tridimensionnalité (paysages aplatis, Corps de dames passés au rouleau compresseur, feuilles et ailes de papillons collées à plat), mais aussi la même «profondeur de champ» que les vues aériennes où l'oeil ne sait plus bien mesurer les distances. Un trouble qu'il mena à l'apogée avec les Célébrations du sol, où paysages cosmiques et images macroscopiques se confondent et semblent quitter la terre à force de l'explorer.
Que cette exploration ait débouché sur le cycle de l'Hourloupe n'est pas fortuit: c'est au fond des abysses que se découvre le monde irréel des créatures les plus magiques.
Aussi est-ce en posant sur un fond noir de petits dessins bleus et rouges qu'il vit naître sous ses yeux le monde flottant et coloré qui devait le submerger douze ans durant. Si l'on pouvait s'attendre à ce qu'il s'y enfermât jusqu'à l'obsession, l'artiste prouva pourtant que la corde n'était pas rompue, et finit par en sortir. Comme souvent, la transition ressemble alors au virage à 180 degrés, mais lui sert en réalité à jauger la distance parcourue par un retour rapide aux étapes antérieures. Il s'adonne alors un court temps aux
Crayonnages, puis se consacre aux immenses assemblages des Théâtres de mémoire, grandes centrifugeuses où sont digérés trente-cinq ans de travail dans une cacophonie grandissante qui, des Mires aux Non-lieux suivants, aboutit au chaos. Alors Dubuffet atteignit-il peut-être ce «point zéro» de la création qu'il visait depuis longtemps, big bang que seul l'art à la fois le plus matériel et le plus extraterrestre pouvait atteindre, et dont il ne revint cette fois plus jamais.
Augustin Besnier
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