WASSILY KANDINSKY (1866-1944)

Lot 67
30 000 - 50 000 EUR

WASSILY KANDINSKY (1866-1944)

*COMPOSITION SANS TITRE, 1930
Encre de Chine sur papier
Monogrammée et datée en bas à gauche
Annotée au dos par Nina Kandinsky 1930/N°15 11,3 x 22,5 cm - 4.45 x 8.86 in.
Monogrammed and dated lower left, India ink on paper
Provenance:
-Nina Kandinsky, Paris
-Galerie Karl Flinker, Paris
- Vente Christie's South Kensinghton, Londres, Modern & Post-war Art, 22 juin2001, lot 59. Acquise au cours de celle-ci par le propriétaire actuel
- Collection particulière, Suisse
Cette œuvre est répertoriée dans l'ouvrage Kandinsky, Drawings: Catalogue Raisonné, volume one, Individual Drawings, publié par
Vivian Endicott Barnett, aux éditions Philip Wilson, en2006. Œuvre répertoriée et reproduite sous le numéro 784 en page 386 de l'ouvrage.
WASSILY KANDINSKY (1866-1944)
LE PEINTRE KANDINSKY ET SES IDÉES SUR L'ART Paris, juillet 1935
Si l'attention générale du public parisien s'est tournée en priorité vers les grandes expositions d'art italien, d'autres évènements artistiques ont contribué à tenir en éveil l'intérêt de la métropole française pour les courants de l'esthétique figurative contemporaine, à commencer par l'exposition organisé il y a quelques semaines par les Cahiers d'Arts.
Ces synthèses surréelles de formes et de couleurs nous ont donné envie de demander à Kandinsky, le plus connu des exposants, d'expliquer lui-même les critères informatifs de ce mode d'expression pictural si éloigné de la conception normale et des canons du réalisme. Il ne nous a pas été très difficile de fixer un rendez-vous avec Kandinsky et de le retrouver dans son appartement clair de Neuilly, d'où l'on voit la Seine, large et bordée d'arbres.
Apprenant notre nationalité italienne, il a tout de suite engagé la conversation, nous demandant des nouvelles du groupe de peintres abstraits présents à la quadriennale qui se tient actuellement à Rome. Nous lui avons répondu que la presse s'y était davantage intéressée que les visiteurs laïcs et que la critique italienne, de toute façon, en signalant les résultats obtenus par des artistes audacieux tels que Ghiringhelli et Magnelli, Licini et Soldati, Bogliardi et De Amicis, n'a pas oublié de le citer, lui, Kandinsky, qui, dès 1912, créait à Munich le groupe du Blaue Reiter auquel vinrent se joindre par la suite Klee et Feininger: les premiers débuts, au fond, de l'art abstrait intégral.
- Je suis vraiment heureux et reconnaissant de cet hommage de la presse que je n'ai pas sollicité. A ce propos, je dois ajouter que votre compatriote Di Cesaró a traduit, avec une brillante préface qui plus est, mon vieux livre Uber das Geistige in der Kunst ( Du spirituel dans l'art ) mais qu'il attend encore l'éditeur sans préjugés qui publiera cette traduction. Le livre fut écrit en 1910 et publié deux ans plus tard, non sans difficultés. Mais ce n'est qu'à l'hiver 1912 que l'éditeur allemand put en effectuer trois tirages consécutifs, et je crois qu'il n'a pas perdu aujourd'hui sa valeur actuelle.
- Je le crois aussi, en toute modestie, si l'on tient compte du vif intérêt suscité en Italie par celui qui est le paladin et le polémiste de nos abstraits, Caro Belli, avec son Kn.
- Mais ne parlons plus de livres et de théories sur le papier. Donc, vous avez vu mon exposition ? Vous vous souvenez que j'ai rassemblé au Cahiers d'Art 10 toiles très récentes, 25 gouaches et aquarelles, récentes elles aussi, et 28 dessins qui embrassent la période 1910-1934. Dans la plupart des compositions sur toile, j'ai utilisé la technique au sable, de manière plus ou moins diffuse, mais en général je n'ai pas l'habitude de tellement distinguer entre les traditionnelles peintures à l'huile, les gouaches, les détrempes, les aquarelles, et j'emploie les divers procédés d'exécution souvent ensemble, dans la même œuvre.
L'essentiel, pour moi, est de pouvoir dire ce que je veux, de raconter mon rêve. Je considère la technique et la forme elle-même comme de simples instruments pour m'exprimer et, du reste, ce que je raconte n'a pas de caractère narratif ni historique, mais est de nature purement picturale.
- Des arabesques linéaires et des accords de couleurs, sans aucun contenu accessible à l'universel à la base ?
- Je vous parlerai ensuite. Je veux d'abord vous assurer que le destin a, dans mon art, une signification beaucoup plus importante que dans la peinture réaliste ou figurative et que les erreurs de dessins de ceux que l'on appelle abstraits se remarquent plus facilement que les imperfections du dessin chez les autres. Les essais graphiques que j'ai exposés tendent à démentir l'opinion de ceux qui croient que la peinture abstraite consiste uniquement en des chichis chromatiques. En effet, dans mes dessins, qui comprennent des simplifications linéaires extrêmes et des formes compliquées et fantastiques, mais toujours en noir et blanc, de nombreux observateurs ont remarqué des couleurs. C'est cela, je crois, le fait mystérieux de l'art abstrait, qui l'apparente un peu au sentiment mystique. L'époque où l'on exprimait la transcendance religieuse à travers les figures de la Vierge et des saints appartient peut-être au passé et je suis certains que le sentiment mystique trouvera son expression à l'avenir dans une forme abstraite.
- Je doute cependant que ce soit l'avis de sa Sainteté Pie XI, partisane du concret, y compris en art...
Le peintre sourit légèrement, mais il s'empresse de déclarer:
- Personnellement, je ne pratique pas ce qu'on appelle l'art sacré. Et je n'aspire pas non plus à la représentation de la nature: objets, hommes, paysages, puisque aussi bien la nature, à mon avis, n'a pas besoin de l'art et qu'elle en est distincte . L'art, selon moi, n'est que le développement d'idées déterminées, de même que dans la nature les êtres sont le développement définitif de germes déterminés. Dans un cas comme dans l'autre, un développement insuffisant conduit à des manifestations monstrueuses ou avortées. Ce sont des lois de l'ordre invisible, de ce que j'appelle la nature dans sa plus vaste acception. Et l'artiste, doit seulement écouter ces lois et bien les appliquer, guidé par son sentiment propre. Il peut penser avant et après l'effort, mais pas pendant le travail. Les artistes ne furent jamais autant enclins à la méditation qu'à notre époque. Mais nombreux sont parmi nous, artistes, ceux qui font la dangereuse erreur de mettre la pensée à la place du sentiment, alors que, au pire, le contraire est excusable. Je l'ai déjà dit, un gant vide, où l'air serait introduit artificiellement afin de le gonfler jusqu'à simuler une main, ne sera jamais une main d'homme.
- Vous êtes donc opposé à tout artifice, à toute mécanisation des formes !
- Certainement. Et du reste, je crois que l'art abstrait est chez moi un art plus que réaliste, dans la mesure où, à partir d'une idée purement picturale, avec des moyens picturaux eux aussi, je parviens à réaliser une œuvre au contenu purement pictural, auquel la forme est subordonnée. Je ne pense pas que cette formule puisse s'appliquer avec le même profit aux manifestations dites «réalistes». Mais les pompiers existent dans tous les domaines de l'art, y compris chez les abstraits. L'important est d'échapper aux pièges du vide spirituel.
(Interview de Kandinsky reproduite dans le quotidien italien IL Lavoro Fascista, le dimanche 28 juillet 1935)
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